Les 11 erreurs de management de l’équipe de France de Foot (4/5)

Publié le par Frédéric Rey-Millet

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Ce week-end, la Coupe du Monde s'est terminée avec la victoire de l'Espagne.
J'en profite donc pour applaudir cette équipe qui a su créer du jeu, prendre des risques et se faire plaisir.

Une équipe qui a su se mettre bien loin des travers dans lesquels sont tombés les bleus !
Cette semaine, je vous livre trois nouvelles erreurs qui ont été commises par l'équipe de France.

Bonne lecture !


Erreur n°5 : Un management sans relais au sein de l’équipe

Depuis la retraite de joueurs clés en 2006, il n’y avait pas, au sein de l’équipe de France, de joueurs expérimentés, modérés et respectés, comme Blanc et Deschamps en 1998. Il n’existait donc pas de relais du coach sur le terrain.

Le capitaine choisi par Raymond Domenech a failli dans son rôle. Non seulement il n’a pas été le relais du sélectionneur sur le terrain, mais, au fil de la compétition, il est devenu son opposant le plus farouche.

A titre d’anecdote, l’interview dans laquelle il déclarait, visiblement hors de lui, qu’il y avait « un traitre dans l’équipe de France », montre à quel point il était dépassé par les événements et par ses propres émotions.

De manière générale, il n’y avait dans cette équipe aucun cadre qui a su (ou qui a voulu) réguler la pression. Une pression croissante jusqu’à devenir explosive. Le refus de s’entrainer du 20 juin en a certainement été le fait le plus révélateur. Les cadres d’une équipe sont sensés accompagner les joueurs moins expérimentés et créer au sein de l’équipe un climat de confiance et d’exigence mutuelle. Leur rôle n’est certainement pas de mener la révolte !

Les cadres de l’équipe de France n’ont pas compris leur mission de relais d’autorité au sein de l’équipe. Leur mandat n’était peut-être pas clair. Il se peut aussi que certains n’étaient pas à leur place en tant que cadre de l’équipe. Quoi qu’il en soit, la chaîne de commandement a failli.


Erreur n°6 : Une absence de règles claires, une fragilité de l’autorité

Un mandat peu clair du sélectionneur (erreur n°4), et un management sans relais sur le terrain (erreur n°5), la suite est prévisible.

Dans cette confusion, Raymond Domenech a apparemment oublié un point fondamental : établir des règles claires entre lui et ses joueurs, et plus généralement, au sein de l’équipe.

Dans une équipe, il est capital de formaliser ce qui se fait ou ne se fait pas, ce qui se dit ou ne se dit pas. Quand les règles ne sont ni formalisées ni partagées, il ne peut pas y avoir de réponse claire aux éventuels manquements.

Quelle a été la réaction de Raymond Domenech lorsque Nicolas Anelka l’a insulté dans les vestiaires ? Apparemment, il aurait d’abord fait semblant de ne pas l’avoir remarqué. Ainsi, il ne siffle pas la faute au moment où elle est commise. Comment peut-il ensuite rester crédible vis-à-vis des autres joueurs ? Il ne faut pas s’étonner qu’ensuite, l’exclusion de Nicolas Anelka soit contestée.

Sans règles claires, il est très difficile de sanctionner. A contrario, il devient facile de contester l’autorité du sélectionneur, ou plus haut, celle de la Fédération Française de Football. Les joueurs ne s’en sont pas privés, oubliant au passage leur devoir d’exemplarité.

Ainsi, pour donner une crédibilité à l’encadrement de l’équipe, et au sélectionneur en particulier, ce devoir d’exemplarité doit prendre la forme d’une règle claire et partagée par tous.


Erreur n°7 : les « meilleurs à leurs poste »…peut-être pas si bons que ça

La tâche du sélectionneur est de former l’équipe la plus forte possible. Pour cela, ses choix vont tout naturellement l’amener à recruter ceux qu’il considère comme les meilleurs joueurs à leur poste.

Cependant, les évènements poussent à s’interroger sur les critères de choix des joueurs. Dans un sport collectif, un joueur est-il le meilleur pour ses qualités individuelles ou pour sa valeur ajoutée réelle à l’équipe. Un joueur qui brille par ses qualités techniques, mais qui tire l’équipe vers le bas par son mauvais comportement, est-il bien « le meilleur à son poste » ?

Par exemple, je suis persuadé qu’une équipe de France composée de « seconds couteaux » motivés et engagés aurait été globalement plus forte, sur les trois matchs, que l’équipe des « meilleurs à leur poste ». Pour preuve : ne me dites pas que ce sont les qualités techniques qui ont manqué à l’équipe de France dans son match de préparation contre la Chine (même pas qualifiée pour la Coupe du Monde !!).

Pourtant, Raymond Domenech a bien eu ce raisonnement, lorsqu’il a choisi de ne pas sélectionner certains joueurs qu’il considérait être des « pourrisseurs d’ambiance ». Je ne sais pas s’il a eu raison ou tord de ne pas retenir ces joueurs dans le groupe France, mais je doute sincèrement que certains joueurs, pourtant considérés comme indiscutables, aient réellement été les meilleurs choix.

D’ailleurs, les titulaires indiscutables n’ont-ils pas été les premiers à manifester des comportements nuisibles à leur équipe, puis à se retourner contre le sélectionneur ?


A la semaine prochaine pour les erreurs 8 à 11 !

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PhB 15/07/2010 14:28

Le point N°7 m'amène la réflexion suivante sur le recrutement.Il est fréquent de voir nos managers et dirigeants rechercher un profil fort ressemblant à celui qu'il est censé remplacer : la fameux clonage. Qui amène aussi à reproduire les mêmes fonctions d'un poste à l'autre avec une évolution progressive.D'expérience, mes succès de recrutement viennent de personnes que l'on ne voyait pas forcément dans le job (formation, secteur, anciennes fonctions en décalage avec la cible) mais qui ont apporté une motivation réelle par le challenge que je leur procurait leur parcours atypique.S'il ne s'agit pas de demander à un basketteur de jouer au hockey sur glace ou à un rugbyman de faire du curling, l'entreprise reste une équipe qui n'a pas besoin que des meilleurs techniciens mais de ce qui fait la différence : l'envie, la volonté de communiquer cette envie.Bravo pour votre analyse. J'attends les derniers billets avec impatience.