Les 11 erreurs de management de l’équipe de France de Foot (5/5)

Publié le par Frédéric Rey-Millet

Pour reprendre cette série d'articles depuis le début, cliquez ici.



Erreur n°8 : Pas de capitalisation sur les expériences passées

Le succès d’une équipe, tout comme celui d’une entreprise, passe par la capacité à tirer profit des expériences passées, qu’il s’agisse des victoires, ou des défaites. Que s’est-il passé ? Quelles sont les conclusions de ces évènements ? Quelles sont les bonnes ou les mauvaises pratiques qui devront, ou non, être mises en œuvre à l’avenir ?

Une erreur, si elle est expliquée, si on sait d’où elle provient, si on sait comment ne plus la refaire, est bénéfique. Une erreur refaite et refaite, sans chercher à en tirer des enseignements, ça devient une faute !

Winston Churchill a dit "Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre"

C’est exactement ce qui s’est passé pour Raymond Domenech et l’équipe de France ! Raymond Domenech a totalement manqué de lucidité concernant les échecs précédant la Coupe du Monde, et en particulier ceux de l’Euro 2008. Pas d’analyse, pas de réflexion, pas de plan d’actions. On prend les mêmes (erreurs) et on recommence !

Du côté des succès, même schéma : aucune capitalisation des bonnes pratiques n’a été faite. L’équipe de France s’est très peu appuyée sur ses succès passés. Les protagonistes de la victoire de 1998 n’ont d’ailleurs pas été écoutés. Quant à Thierry Henry, il n’était pas seulement sur le banc des remplaçants, mais carrément sur la touche pour tout ce qui concernait la vie de l’équipe.


Erreur n°9 : Un déni de la réalité

L’ambiance explosive qui régnait au sein de l’équipe de France est la matérialisation ce que l’on appelle dans les organisations un « Burn out » (surchauffe). La responsabilité du sélectionneur au même titre qu’un manager au sein d’une entreprise classique, est de prévenir ce risque en étant proche de ses joueurs. Au lieu de cela, l’ensemble des joueurs, de même que le sélectionneur, prétendaient lors des interviews que l’ambiance était bonne au sein de l’équipe.
A propos des résultats sportifs, Raymond Domenech adoptait la même attitude. « la France a montré des choses » ou « il y avait de bonnes choses », se plaisait-il à répéter après chaque match. Oui, sûrement, mais, même s’il est nécessaire de repérer les points positifs, il faut aussi de rechercher les axes d’améliorations.

Le 22 juin, après la défaite face à l’Afrique du Sud, il refuse de faire le bilan de l’échec, et déclare dans le Nouvel Observateur : « L'équipe de France va continuer et il faut se dire : ‘’qu'est-ce qu'il y a dans cette équipe pour donner de l'espoir à la France ?’’ ». Continuer ? Continuer à faire plus de ce qui n’a pas marché ?

On ne peut parler d’avenir qu’après avoir fait un bilan sans concessions de ce qui s’est passé. Un « je ne comprends pas », à la sortie d’un match, ne peut satisfaire à l’exigence d’une analyse lucide du jeu de l’équipe.

Le déni de responsabilité dont a fait preuve Raymond Domenech s’est probablement auto-alimenté. A force de dire que tout va bien, il devient de plus en plus difficile d’admettre le contraire. De plus en difficile de se montrer clair avec le public, avec les joueurs, avec soi-même.
Contrairement à Marcello Lippi, l’entraineur Italien, qui revendique la totale responsabilité de l’élimination de son équipe, Raymond Domenech n’a jamais endossé publiquement sa responsabilité dans l’échec de 2008. Il ne l’a pas fait non plus en 2010.


Erreur n°10 : La posture haute et la communication arrogante du sélectionneur
Tous les grands hommes savent assumer leur part de responsabilité. L’histoire a retenu le nom de ceux qui acceptent et reconnaissent leur faiblesse. C’est là la vraie grandeur.

Revenons sur Marcello Lippi. Son aveu des erreurs accumulées autour de l’équipe italienne appelle le respect. Il s’est trompé, l’erreur est humaine, il le reconnait. Le peuple italien souffre, mais en silence, respectueux de cet homme qui a le courage de reconnaitre ses faiblesses et les assume.

Mais, chez nous, on continue à regarder les autres de haut, mi-dédaigneux mi-surpris, en renvoyant le ballon (c’est le cas de le dire) sur les joueurs, l’arbitre, le temps, Estelle ou la pelouse de Clairefontaine !

Un coach soutient ses troupes, il les écoute, les accompagne. Il n’est pas celui qui sait tout, qui juge ou qui condamne. Il n’est pas celui qui se réalise aux dépens de ses joueurs, mais au contraire celui qui les pousse en avant, et qui n’hésite pas à les protéger en endossant la responsabilité des erreurs tactiques.

Lorsqu’un sélectionneur refuse d’admettre ses erreurs, il ne peut pas rester crédible vis-à-vis de ses joueurs, et sape la confiance nécessaire à la construction d’une équipe. Que peuvent ressentir les joueurs face à un entraîneur qui change de système de jeu à chaque match, sans jamais dire « je me suis trompé » ?


Erreur n°11 : Une incapacité à créer une équipe talentueuse

Raymond Domenech n’a pas su gérer les clans (qui ont toujours existé dans le monde sportif, comme dans l’entreprise) et à transformer une équipe de talents en en une équipe talentueuse.
Le propre d’une véritable équipe est de produire des résultats largement supérieurs à la somme des performances individuelles de ses membres. Le manager doit rassembler plusieurs individus qui, par leur interaction, ajoutent de la valeur à l'équipe.

Or, dans cette équipe de France, nous avons surtout vu des egos. Nous avons vu des joueurs qui, sur le terrain, cherchaient à faire la différence individuellement et, en dehors du terrain, semblaient, à l’image de leur sélectionneur, se défaire de leur part de responsabilité.

Finalement, l’équipe de France n’aurait-elle réussi à manifester de la cohésion que lorsqu’il s’agissait d’établir des statu quo sur ce qu’il convenait de taire au public ? et, encore une fois, pour préserver des egos ?

Une des particularités des équipes performantes est d’être motivée par un sentiment de responsabilité commune : l’ensemble de l’équipe partage sans distinction la responsabilité de la victoire ou de la défaite. L’intérêt de l’équipe est toujours supérieur à celui des individus. L’équipe de France en était loin !

Le manque évident d’enthousiasme perceptible, le peu d’engagement dont ils ont fait preuve (un attaquant qui marche sur le terrain pendant un match de Coupe du Monde !) porte un coup à l’image et aux valeurs du Football.

Les joueurs sont-ils préoccupés à ce point par leur valeur sur le marché pour faire si peu de cas de la sélection nationale ? Certains commentateurs prônent la nécessité d’inculquer des valeurs aux jeunes joueurs repérés dans les centres de formation, ces « gamins biberonnés au star-system ». D’autres réclament la suppression de toute prime ou gratification, pour que la sélection en Equipe de France apparaisse en elle-même comme un honneur et l’aboutissement d’une carrière sportive.

Il ne m’appartient pas de discuter ici de ces propositions, mais une chose est certaine : une équipe qui échoue à prendre le pas sur les égos, une équipe où les joueurs n’ont pas un sentiment de responsabilité commune n’a pas d’esprit d’équipe. Ce n’est d’ailleurs pas une équipe. Tout au plus un groupe ! Et lorsqu’elle rencontre une équipe soudée, elle perd.

Publié dans Management

Commenter cet article