Et si on essayait de comprendre ce qu'est un Think Tank politique ?

Publié le par Isabelle Rey-Millet

Le Club EthiK vous a déjà parlé d’innovation technique, organisationnelle, managériale… Voici l’occasion de parler d’innovation politique. Sortons donc un peu des sentiers habituels pour nous intéresser, sous un angle innovant, aux dessous de la réflexion politique.

Mardi 8 novembre, dans le cadre d’un CJ Dej (Déjeuner du CJD Paris), Frédéric Rey-Millet recevait Olivier Ferrand, Président-fondateur du think tank progressiste Terra Nova.
http://www.objectif-lr.com/UserFiles/Image/NUMEROS-OBJECTIF/OBJ-113/ferrand.jpgPassé par HEC, Sciences Po et l’ENA, élu PS à Thuir (66), Olivier Ferrand a travaillé dans l’entourage de Lionel Jospin, Pierre Moscovici, Romano Prodi ou Dominique Strauss-Kahn. Il a enseigné les finances publiques, a participé à la rédaction de plusieurs ouvrages, a collaboré au ministère des finances et sur les questions européennes.
Terra Nova c’est le Think Tank français de l’année 2011, prix reçu le 29 juin 2011. C'est un think tank progressiste indépendant, ayant pour but de produire et diffuser des solutions politiques innovantes, en France et en Europe.

Alors Terra Nova, «think tank progressiste », qu’est-ce que c’est ?

C'est un lieu de réflexion intellectuelle consacré aux solutions politiques.

Ses trois objectifs sont de favoriser la rénovation intellectuelle de la social-démocratie, produire de l’expertise et des solutions politiques opérationnelles, inscrire son action dans un réseau européen et international de think tanks progressistes.

Ses moyens d’actions : des rapports et essais visant à« moderniser les politiques publiques », mais aussi des notes d’actualité fondées sur des expertises « pour hausser le niveau du débat public ».
A titre d’exemple, c’est un essai, signé en 2008 par Olivier Ferrand et Olivier Duhamel, repris dans un livre co-signé avec Arnaud Montebourg, qui est à l’origine des primaires du Parti Socialiste.

Pour être capable d’influencer le monde politique, tout en conservant« une distance critique et un certain recul pour rester indépendant », Terra Nova ouvre ses portes, et ses groupes de travail, à des participants de tous bords politiques. C’est en effet un millier d’experts - un tiers venant du monde de la recherche, universitaires, intellectuels/ un tiers de hauts fonctionnaires/ un tiers issus du secteur privé-, qui constitue son réseau de compétences.

D’où vient l’idée de Terra Nova et vers quelles réflexions s'axe-t-il ?

C’est « le constat de déshérence intellectuelle dans le monde politique » qui a poussé Olivier Ferrand à créer ce lieu de réflexion. En effet, dans un monde politique qui s’est accéléré, quittant un modèle bipolaire stable, on a besoin de « refondations idéologiques »: Sa volonté est ainsi de réussir à faire émerger « les modèles de demain ».

Car c’est bien la fin des 2 grands modèles connus jusqu’à la fin du 20èmesiècle : droite (modèle libéral, plutôt aux Etats-Unis) et gauche (modèle social-démocrate, plutôt en Europe). Le modèle libéral n’est plus soutenable car ‘’il se base sur l’autorégulation des marchés, or ces marchés ne s’autorégulent plus mais s’autodétruisent’’, tandis que la social-démocratie est ‘’basée sur la réparation, qui coûte désormais trop cher (réparation des marchés) ou devient impossible (réparation écologique)’’. Ce modèle économique ne marche plus dans un marché mondial globalisé : le cercle vertueux des mêmes salariés qui consommaient ce qu’ils produisaient n’existe plus. Nous sommes dans un « monde systémique » où chaque risque pris à un niveau est une menace pour nos systèmes interdépendants.

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Des pistes de solutions ...


La solution pour Olivier Ferrand est de « garder les valeurs sociales-démocrates dans la mondialisation, tout en passant d’une politique de réparation à une politique d’investissement».
Or l’Etat français n’investit plus dans l’avenir depuis 30 ans -seulement 3% des dépenses 2010 sont allées à l’investissement-pourtant seul moyen pour relancer, à l’instar des pays scandinaves, le potentiel économique.

Pour Olivier FERRAND, il n’y a pas 36 solutions. L’Occident ne produit que 40% des biens et services de la production mondiale tout en en consommant 60% ! Il faut donc baisser notre niveau de vie d’un tiers pour avoir un avenir plus sain ! On a pu l’ignorer et vivre à crédit, jusqu'à présent ! « Nous avons voulu réparer le présent au lieu de prévoir l’avenir. Nous nous sommes endettés pour garder notre pouvoir d’achat et c’est la nouvelle génération qui va devoir rembourser ».

Quant à sortir de la zone euro, la réponse d’Olivier Ferrand est claire : Certainement pas ! L’euro nous a permis de nous endetter à des taux d’intérêt les plus bas de l’histoire de France et 60% de nos échanges commerciaux se font au sein de cette zone euro !

Alors comment travailler sur le long terme aujourd’hui, quand tout s’accélère d’une manière démesurée, que l’information circule en temps réel, conduisant à une dictature de l’urgence et du court terme et que nos institutions démocratiques ne sont faites que pour travailler sur le court terme ? Face à des enjeux politiques à long terme, comme le réchauffement climatique, les risques de pandémie, ou la crise économique, Il faut, pour Olivier Ferrand « créer des institutions politiques, non-élues, capables de gérer le long terme ».
A quand une 'Académie Française' de l'économie ou du développement durable ?

 

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