Il était une fois... le paradoxe d'Abilene

Publié le par Benjamin Thierry

Le «paradoxe d’Abilene» est décrit pour la première fois en 1974, par le Dr Jerry Harvey, sociologue américain. Il est basé sur une expérience réelle, au cours de laquelle quatre individus prennent ensemble une décision dont aucun d’eux, individuellement, n’a la moindre envie.


Jerry passe le week-end chez ses beaux-parents, avec sa femme, Katy, au Texas. Cet après-midi, le mercure affiche 40°C à l’ombre, et toute la famille passe le temps, sirotant de la citronnade, jouant aux dominos.

Beau-Papa pense que tout le monde s’ennuie et se dit qu’il faut animer tout ça : « Et si allions manger un morceau à Abilene ?»
C’est comme ça que tout commence…


Jerry est prudent : « On est à quelle distance d’Abilene ?
- Une cinquantaine de miles, répond Beau-Papa. »
Cinquante miles ? Par cette chaleur ? Avec cette poussière ? Dans la vieille Buick sans air conditionné ? Tu parles d’une idée, se dit Jerry.


Mais sa gentille femme veut faire plaisir à son père : « Oui, pourquoi pas ? Et toi, Jerry, qu’est-ce que tu en penses ? »

Jerry sent venir le traquenard… « Ce que j’en pense ? Euh… oui, pourquoi pas. A condition que ta mère en ait envie. »
- oui, c’est une idée, répond Belle-Maman. Ca fait longtemps que je n’ai pas mis les pieds à Abilene. Allons-y !


Et les voila partis pour Abilene. Pour le voyage, pas de surprise : chaleur torride, et nuages de poussière. Poussière qui recouvre les passagers de la vieille Buick, collée à leur peau par la sueur. Quant au repas… disons qu’aucun d’entre eux ne s’arrêtera plus dans cette cafétéria, à l’entrée d’Abilene.
Après un voyage de retour tout aussi épouvantable, Jerry, Katy et les beaux-parents retrouvent, épuisés, la relative fraîcheur de la maison. Jerry cherche quelque-chose à dire. Mais comme rien ne lui vient, il tente un « Belle après-midi, pas vrai ? »

Pas de réponse. Finalement, c’est Belle-Maman qui s’y colle : « Vous voulez mon avis ? C’était vraiment une mauvaise idée ! Nous aurions mieux fait de rester tranquillement à la maison ! D’ailleurs, je n’y serais jamais allée si vous n’aviez pas insisté tous les trois ! »
- Comment ça « tous les trois », s’étouffe Jerry, mais je n’ai jamais voulu y aller ! Je ne vous ai suivi que pour vous faire plaisir !
- Attends un peu, s’étonne Katy. Maman, Papa et toi vouliez y aller ! Moi, j’ai juste essayé d’être agréable. Pour moi, aller à Abilene par cette chaleur, c’était une idée folle ! Depuis le début !

Il ne manquait plus que le coup de gueule de Beau-Papa pour clore les débats : « Mais c’est pas croyable, tout ça ! Moi non plus, je n’avais aucune envie d’aller à Abilene ! J’aurais préféré rester tranquillement ici. J’avais simplement peur que vous vous ennuyez… Je ne pensais même pas que vous seriez d’accord avec une idée pareille ! »


Voici donc le Paradoxe d’Abilene : un groupe de personnes prend collectivement une décision opposée à ce qu’aurait souhaité chacun de ses membres.

Qui peut se vanter de n’avoir jamais vécu une situation semblable ? Jerry Harvey affirme avoir rencontré le Paradoxe d’Abilene un nombre incalculable de fois dans tous types d’organisations : entreprises, associations, organisations politiques, groupes d’amis, familles, couples… Et certains « voyages à Abilene » ont eu des conséquences bien plus dramatiques qu’une après-midi gâchée !

Restez avec nous sur notre blog ! Dans un prochain article, nous vous emmènerons dans les coulisses du Paradoxe d’Abilene, et de quiproquos dignes du théâtre classique. Comment se tisse « le drame » ? Quelles sont ses funestes conséquences… et pour ceux qui n’aiment pas particulièrement la tragédie, comment les éviter ?


A suivre…

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lavieestlarge 27/01/2014 23:52

Très intéressant. Je vous invite à lire mon article sur le même sujet. http://lavieestlarge.wordpress.com/tag/paradoxe-abilene/