On aime aussi : les polars... | Interview de François Guérif

Publié le par Laurent Cavaglia

Les goûts d’EthiK sont éclectiques !

Une fois n’est pas coutume, nous n’allons pas vous parler de management mais…de littérature policière. Et nous vous suggérons d’essayer : il n’y a parfois qu’un pas entre un roman policier et un article sociologique !

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Le mardi 27 septembre, Frédéric Rey-Millet accueillait, dans le cadre d’un CJDej, François Guérif, éditeur, directeur de collection littéraire, auteur, scénariste et critique de cinéma français ! Un homme, qui, depuis plus de 40 ans, a démocratisé le roman noir et le roman policier en France, avec plus de 840 ouvrages publiés, notamment dans la collection Rivages/Noir.

Rencontre avec un amoureux de ces romans qui donnent le frisson.

François Guérif a découvert le polar par les films noirs : « J’ai compris à travers des critiques de cinéma comme Chabrol, Truffaut ou Godard que, par exemple, Le Faucon Maltais était tiré d’un roman de Dashiell Hammett, ou encore, que le Grand Sommeil était, au départ, une œuvre de Raymond Chandler. »

Une passion qui devient un métier

Après une courte expérience comme prof d’anglais, François Guérif décide de devenir bouquiniste. Pour vivre sa passion au plus près, il crée Le Troisième Œil, une librairie qui devient un point de rencontre des amateurs du genre et de clients comme Leo Malet, Pierre Siniac ou encore Serge Jacquemard.

Parallèlement, il écrit avec succès des biographies d’acteurs, et sa maison d’édition, PAC, lui propose de créer une collection de littérature policière. Ainsi naît ‘Red Label’ en 1978. Mais, à l’époque, le polar est au creux de la vague (c’est le grand boom de la science-fiction) et l’aventure s’arrête, malgré la participation de grands auteurs du genre comme David Goodis ou Frederic Brown, après une vingtaine de publications. Apres deux autres expériences similaires (chez Fayard Noir puis Engrenage International), il retourne un temps à l’écriture en tant que Rédac Chef d’un hebdo de cinéma.

En 1986, les éditions Rivages viennent le chercher pour créer une collection de polars. Encore une fois, le succès se fait attendre et le doute s’installe… C’est alors que François Guérif prend le pari de publier Lune Sanglante, d’un auteur dont personne ne veut : James Ellroy. Le livre, très spécial et violent, se vend peu à sa sortie. Mais Jean-Patrick Manchette le lit, l’adore, et publie, dans la foulée, un article dithyrambique dans Libération ! C’est le début du phénomène Ellroy, et, pour Rivages/Noir, du succès.

Comment expliquer le phénomène Ellroy ?

Pour François Guérif, c’est ce style si particulier d’Ellroy qui a l’a démarqué des auteurs traditionnels. Il n’a « jamais vu un auteur traiter la violence de cette manière, à la fois très distante et très violente. » Ellroy a su « mettre à nu la face cachée de l’Amérique, cette collusion entre politique et crime. Il a fait exploser tous les cadres et stéréotypes du genre, tout en cherchant à se réinventer en permanence. »

Comment s’est passée votre première rencontre avec Ellroy ?

« C’était à l’aéroport Charles de Gaulle. Je l’avais invité pour la parution du Dahlia Noir. La première chose qu’il a voulu savoir était lequel de ses livres je préférais. Il ne parlait que de son œuvre ! Mon souvenir le plus émouvant avec lui s’est passé à Los Angeles. Il m’a fait visiter les quartiers de sa jeunesse, en me racontant des anecdotes avec beaucoup d’émotions. Je lui dois beaucoup car nous étions une jeune maison d’édition et le succès est arrivé grâce à lui. Plus tard, certaines maisons d’édition lui ont offert des contrats parfois trois fois supérieurs au notre : il est toujours resté fidèle et a toujours déclaré qu’il préférait notre collaboration à l’argent ! »

Comment expliquer que James Ellroy est plus populaire en France que dans son propre pays, les États-Unis ?

Pour François Guérif, les écrivains sont plutôt mal traités aux États-Unis. Ellroy n’y est pas réellement pris au sérieux en tant qu’auteur de polar : son style est ressenti comme démodé, il est choquant et politiquement incorrect !

En France, le polar a toujours bénéficié d’une certaine estime. La Nouvelle Revue Française elle-même publiait les premières traductions des polars américains et André Gide y pressait les jeunes auteurs français de s’inspirer du style de Dashiell Hammett.

Quels sont vos critères de publications ?

« Je fonctionne au coup de cœur. J’essaie de publier l’intégralité d’une œuvre, quand je publie un auteur, même si quelques titres ne sont pas toujours au niveau. Mon dernier coup de cœur est Last night in Montréal d’Emily St. John Mandel, qui sera publié dans un an. »

Quel est l’état actuel de l’édition littéraire ?

« Il est très difficile de le savoir puisque chaque étude publiée se contredit ! Mais ce qui est sur, c’est qu’il est très difficile pour un nouvel auteur de trouver sa place aujourd’hui. Il faut déjà avoir un nom pour réussir. Nous avons eu des papiers dans toute la presse pour le dernier Ellroy- qui est loin d’être son meilleur- alors qu’un auteur fabuleux comme Daniel Woodrell commence seulement à être connu.

Par ailleurs, les gens lisent de moins en moins au profit de nouveaux loisirs plus simples comme internet. »

Et pour finir, quelques recommandations de lecture ?

François Guérif nous recommande ses trois auteurs favoris : James Ellroy, Robin Cook et Dennis Lehane. Mais aussi d’autres auteurs moins connus mais tout aussi ‘indispensables’ : Janwillem van de Wetering, Jack O’Connell, Daniel Woodrell, Edward Bunker, Raymond Chandler, Barbara Garlaschelli ou encore William Bayer.

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Bonne route !

 

 

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