Nous n’irons pas à Abilene !

Publié le par Benjamin Thierry

Dans les deux précédents articles, Il était une fois… le Paradoxe d’Abilene, et Sur la route d’Abilene, nous avons passé en revue les origines et les effets du Paradoxe d’Abilene.

Dans celui-ci, nous allons nous concentrer sur ce qu’il convient de faire pour résoudre un Paradoxe d’Abilene et échapper à ses funestes conséquences. Pour bien comprendre ce qui va suivre, si ce n’est déjà fait, nous vous conseillons de lire d’abord les deux articles précédents.

Pour mémoire, le Paradoxe d’Abilene désigne une situation dans laquelle les membres d’un groupe prennent, collectivement, une décision contraire à ce que souhaite chacun d’entre eux.


Précautions avant emploi

N’oublions pas que le paradoxe a pour origine une vision erronée de la réalité, de la part des membres du groupe. Pour être capable de résoudre efficacement le problème, représentons-nous les écarts entre cette vision et la réalité :

1) Tout d’abord, les membres du groupe ont tendance à chercher qui, parmi eux, est victime ou bourreau. Or, ils sont en réalité tous victimes de la situation.
2) Tous pensent être victimes de la pression exercée par les autres. Alors qu’en réalité, chacun est complice de la pression, exercée par tous, sur chacun d’entre eux !
3) Aucun des membres n’estime avoir la responsabilité de résoudre la situation. Chacun pense que cette responsabilité est celle d’un autre : un autre membre du groupe ou le plus souvent, une tierce personne. En réalité, n’importe lequel des membres a le pouvoir de résoudre le problème s’il se risque à confronter son propre point de vue avec celui des autres.
4) Enfin, lorsque l’un des membres se décide à jouer ce rôle, sa première tentation consiste à vouloir « résoudre le conflit ». En réalité, les tensions ne sont que les conséquences de la frustration occasionnée. La situation n’est pas conflictuelle à proprement parler, puisque tous les membres sont en réalité du même avis. Plutôt que d’un conflit, il est plus juste de parler d’un malentendu.


Première difficulté : identifier le problème

Lorsqu’il y a Paradoxe d’Abilene, il est difficile d’imaginer qu’il s’agit d’autre chose que d’un conflit d’opinions ou d’intérêts.

Lorsque vous êtes confrontés à une situation apparemment conflictuelle, la première chose à faire est donc de vérifier si vous n’êtes pas plutôt « en route vers Abilene ». Voici quelques indices qui peuvent vous permettre de l’identifier.

1) Les membres du groupe expriment des sentiments de frustration et d’impuissance. Lorsqu’ils n’apparaissent pas clairement, ils se manifestent par des comportements de fuite : procrastination, absence aux réunions, etc.
2) Les membres du groupe s’accusent les uns les autres d’être à l’origine du conflit.
3) Dans l’organisation, il y a des sous-groupes dans lesquels les membres sont d’accord sur ce qu’il convient de faire (et leur avis est généralement clair et tranché). Cependant, lorsqu’ils se réunissent avec les membres d’autres sous-groupes, ils expriment un point de vue nettement plus tempéré.
4) A la fin des réunions, des sous-groupes se réunissent et critiquent ce qui a été dit ou décidé.
5) En dehors du contexte qui pose problème, les membres du groupe ou de l’organisation semblent beaucoup mieux s’entendre.


Enquêter, confronter, changer !

Si vous pensez être victime d’un Paradoxe d’Abilene, il n’y a qu’une solution possible pour sortir de cette situation : confronter les points de vue de chacun.

Si vous choisissez de le faire, sachez que cela ne sera pas facile, car vous prendrez le risque de vous exposer. Dans ce cas, pour conserver votre assurance, gardez en tête que la situation relève plus d’un malentendu que d’un véritable conflit.

Pour confronter efficacement les points de vue, vous devrez exprimer clairement votre objectif et l’inquiétude que vous cause la situation présente (la plupart des membres du groupe ont probablement la même inquiétude que vous).

Voici, à titre d’exemple, une manière efficace de présenter les choses : « je pense que notre projet se dirige vers un échec, et je m’inquiète des conséquences. Si nous perdons ce contrat, vous connaissez comme moi les conséquences financières pour notre entreprise. Pensez-vous que notre projet a encore des chances de succès ? J’aimerais avoir le point de vue de chacun d’entre vous sur ce qu’il convient de faire. »

Ensuite, vous devrez parler à chaque membre du groupe individuellement car, de cette manière, vous aurez plus de chances d’entendre ce qu’ils pensent réellement. Petit à petit, vous pourrez les encourager à s’exprimer en leur citant des éléments qui vous ont été exprimés par ailleurs.

Pour finir, votre travail consistera à montrer que « après avoir parlé avec l’ensemble des personnes concernées, il semble que les différents avis ne soient pas si contradictoires ». Attendez-vous à ce que les membres du groupe tombent de haut !

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