Pourquoi l’appel du 18 juin de Fernand Duchaussoy n’a-t-il pas été entendu ?

Publié le par Frédéric Rey-Millet

fernand-duchaussoy_14655_w460.jpgLe samedi 18 juin 2011 a eu lieu à la Fédération Française de Football l’élection du  futur président. Pour la première fois depuis sa création en 1919, ce n’était pas uniquement un président qui était choisi par les responsables des footballs amateur et professionnel, mais une liste dirigeante entière, comme lors de la majorité des élections politiques.


La liste favorite était celle du président sortant, Fernand Duchaussoy (épaulé par de personnalités telles que le président du PSG Robin Leproux, le conseiller à la cour des comptes Georges Vanderchmitt ou l’ex-international Bernard Lama), d’autant plus qu’historiquement le président de la fédération était issu du football amateur ; mais c’est bien la liste de Noël Le Graët qui a été choisie, avec 54,39% des voix au premier tour.


Cette défaite du président sortant a été une surprise générale, tout particulièrement pour l’équipe d’EthiKonsulting, car nous avions travaillé  pendant 6 mois en 2010 avec Fernand Duchaussoy et son équipe  à la suite de la débâcle de Ksysna  et sa personnalité tout aussi bien que le sérieux de sa liste et ses bonnes relations nous semblaient pouvoir lui permettre de conserver ses fonctions ; la presse spécialisée évoquait de plus son élection comme acquise dans les semaines précédant l’élection.


Dans l’article que consacrait le JDD à Fernand Duchaussoy le 12 juin dernier, nous avions  indiqué que  trois principales qualités  faisaient de lui,  un « dirigeant hors pair » : l’intégrité, l’humilité (« ce n’est pas l’ego qui le mène, mais la volonté de servir l’institution ») et un sens politique plus fin qu’il n’y paraît.

La défaite de Fernand Duchaussoy nous démontre que ces trois qualités n’étaient pas suffisantes pour permettre à l’ancien professeur de physique-chimie de garder son poste face à l’ancien maire de Guingamp.


Nous pouvons passer rapidement sur l’intégrité qui n’est clairement pas un critère pour gagner des élections, Qui se soucie du fait que Fernand Duchaussoy ait refusé pendant la durée de son mandat l’indemnité statutaire de président de grande fédération d’environ 9000€ mensuels, se contentant de ses 2400€ mensuels de retraite de l’éducation nationale.

 

L’humilité de Fernand Duchaussoy a peut-être donné l’image d’un homme indécis dans ses prises de décisions. Etre au service de la Fédération n’est pas suffisant pour se faire élire. Il faut exprimer son ego et faire preuve des qualités d’un leader.


Etre un leader c’est un équilibre entre l’ouverture et la performance.

 


L’ouverture, c’est accepter qu’on n’a pas toute la vérité en soi, il faut aller chercher l’intelligence des collaborateurs, s’ouvrir au monde, permettre un accueil de l’autre, le laisser venir.


La performance, c’est la ténacité, le courage d’aller au bout.


Le leadership c’est passer d’une vision restreinte de son équipe à la capacité de voir plus et d’influencer plus loin que son équipe.

 
 Quelle était alors le cap à donner à l’organisation ? Il ne suffira pas de créer une coopération, il faut penser au rêve accessible…

 

En effet,  l’ambition de son programme  prônait je cite « le désir de permettre à tous de jouer dans les meilleures conditions possibles ». Rien de bien inspirant donc, quand on pense que c’est tout simplement la mission de base de la fédération.  En  2011, les 890 000 licenciés (donc clients ?) ont moins de 17 ans se reconnaissent ils dans ce slogan ? « Ensemble, confirmons le changement », qui pourrait être celui de n’importe quel candidat à sa réélection, du président des Etats-Unis au conseiller cantonal de Bourbon-l’Archambault*…

 

Enfin, nous dépeignions  Fernand Duchaussoy comme un plus fin politique qu’il n’y paraissait, mais force est de constater que ses relations et son projet n’ont pas su convaincre face à la liste de Noël Le Graët, qui a obtenu le soutien de tout le monde professionnel, quand les amateurs n’ont redonné leur confiance au président sortant qu’à 70%. Le monde professionnel a su se mobiliser pour prendre historiquement les rênes de la fédération ; ainsi les propositions de M. Le Graët auprès du football amateur, notamment de redistribuer aux clubs amateurs à partir de 2012 une partie des bénéfices faits par la Fédération grâce à l’Equipe de France, ont préfiguré une répartition des richesses qui a su séduire certaines des petites ligues que l’on aurait pourtant pensé votantes pour l’ancien président de la ligue de football amateur. Les relations de M. Le Graët et son talent à savoir se mettre en avant, en tant que responsable habitué à gérer (des sponsors, des contrats, une entreprise, un club de football, une ville…) et à diriger sans la pression ont mis à mal la liste pourtant expérimentée du trop « terroir » Duchaussoy.

A force de vouloir jouer trop collectif, Fernand Duchaussoy a finalement été battu par l’ambitieux Le Graët, véritable homme de pouvoir.


Comme le disait lui-même M. Duchaussoy dans l’article qui lui était consacré dans le JDD du 12 juin dernier : « Entre Noël Le Graët et moi, c’est un choix de société. Faut-il considérer la FFF comme une PME ou comme une association ? ». Le choix a donc été fait de la professionnalisation de la Fédération, qui sera gérée comme une PME. Mais une PME qui compte tout de même plus de deux millions de clients qui sont ses licenciés, et ce sont ces clients du monde amateur qu’il ne faut pas oublier. Alors, cette élection est-elle une mini-révolution du football français ? Si l’on prend en compte que le football professionnel a enfin pu placer son représentant au poste suprême, on peut penser que oui, mais si l’on pense aux véritables challenges de la Fédération, qui sont de diversifier ses projets afin de répondre à toutes les attentes nouvelles des licenciés d’aujourd’hui, notamment sur la pratique du football loisir, ou encore d’arriver à enfin être connectée à la génération Y, on se rend compte que l’élection d’un homme qui fait partie du système dirigeant depuis des décennies et qui approche de la huitième décennie de son existence n’est peut-être pas la chose la plus efficace ni novatrice, au moins en terme d’affichage.


A bien y regarder, la Fédération de football a choisi, entre deux non-révolutions, celle qui lui garantirait l’avenir le plus confortable, bien loin de ses 890 000 licenciés de moins de 17 ans, qui pour la plupart ne savent pas réellement qui est Noël Le Graët, ni peut-être même que Drogba-Malouda a été l’attaque de Guingamp bien avant d’être celle de Chelsea, mais qui ne veulent plus lire dans les journaux que des hommes dans un bureau à Paris décident s’ils joueront mieux au football en étant grands et athlétiques, petits et techniques ou unijambistes aux oreilles décollées.

 

 

 

* Bourbon-l'Archambault est une commune française de 2600 habitants située dans le département de l’Allier. Elle est le cœur historique de l'ancienne province du bourdonnais 

Publié dans Leadership

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