Pouvoir et abus de pouvoir sur la planète des singes

Publié le par Benjamin Thierry

 

Au cours des derniers mois, plusieurs affaires d’abus de pouvoir ont défrayé la chronique. Harcèlement, abus sexuels, corruption… autant de faits (ou d’accusations) qui poussent à nous interroger sur la posture de dirigeant.


Deux questions se posent. La première est celle de l’éthique et de l’exemplarité des leaders. La seconde consiste à se demander qui ils servent vraiment : eux-mêmes, le système en place, l’intérêt du plus grand nombre ?

 

 

 

Les positions de pouvoir favorisent les déviances comportementales


C0023654-Olive baboon alpha male-SPLRobert Sutton, un de nos auteurs fétiches (Objectif Zéro Sale Con et Petit chef ou vrai patron), relève qu’une large majorité (près de 80% !) des cas de harcèlement ou de « saleconnisme » (ensemble des comportements humainement néfastes) sont le fait de personnes en position de pouvoir vis-à-vis d’un subordonné.


L’expérience « des petits gâteaux » (Kelter) en dit assez long sur le comportement humain face au pouvoir.

Les sujets de l’expérience, répartis en groupes de 3, étaient chargés de rédiger un court article. Chaque groupe était composé de deux rédacteurs, et d’un responsable, chargé d’évaluer les deux autres et d’attribuer une récompense financière proportionnelle à la qualité du travail réalisé.


Pendant l’exercice, les chercheurs apportaient à chaque groupe une assiette contenant 5 biscuits. Observation : les « chefs » avaient tendance à se resservir en biscuits sans aucun scrupule. De plus, ils avaient tendance à manger salement, en mettant des miettes partout.


Ainsi, dès qu’un individu reçoit la moindre once de pouvoir, il est tenté de se placer au-dessus de la politesse la plus élémentaire. Et ce, avec la complicité passive des ses « subordonnés ».

 

 

 

Le saleconnisme et la vertu : une histoire de culture

 

1625l-babouin-gelada-theropithecus-geladaNos comportements sont largement influencés par les normes sociales et des phénomènes de mimétisme. Ainsi, dans les organisations où la culture favorise l’arrogance des leaders, un individu en position de pouvoir a plus de chances de se transformer… en sale con.


Et à l’inverse, lorsqu’une culture valorise les leaders civilisés, les individus ont moins tendance à abuser de leur pouvoir, ou à accepter que leurs chefs le fassent.


Les biologistes Robert Sapolsky et Lisa Share ont observé pendant 20 ans une tribu de babouins vivant à proximité d’une décharge. La tribu était régie par un petit groupe de mâles dominants agressifs, qui s’arrogeaient à eux seuls le droit de ramasser de la nourriture dans les ordures, et qui humiliaient et molestaient régulièrement les autres singes. Jusqu’à ce que des infections, dues à la nourriture avariée, conduisent la petite bande de tyrans à disparaître…


Dés ce moment, la fréquence des agressions dans la tribu a considérablement diminué, de même que le niveau de stress des singes de statut inférieur. Les nouveaux leaders ont adopté de manière durable un comportement plus respectueux de leurs semblables. Plus tard, lorsque de jeunes babouins mâles ont rejoint la tribu, le comportement de ces derniers est également devenu moins agressif. Ils avaient intégrés les valeurs du groupe !

 

 

 

Le poids des symboles


Les abus de pouvoir et les comportements de « petits chefs » sont plus fréquents dans les organisations qui rendent visibles les différences de statuts.


Ainsi, dans votre entreprise, y a-t-il des places de parking réservées ? Et les locaux avec une vue imprenable sur le parc, c’est ceux de la cantine d’entreprise ou de la direction ?


Ce ne sont que des symboles… mais ils vous permettront de savoir si chez vous, « l’humain est au cœur de l’entreprise », ou si une poignée d’entre eux est « un peu plus au cœur que les autres ».

 

 

 

Vers une culture de leadership civilisé


Limiter les abus de pouvoir dans une organisation est une responsabilité pour les dirigeants, mais aussi pour tout un chacun.


De la part des leaders, la valeur de l’exemple est primordiale. Tout dirigeant / manager / élu / délégué de classe / doit avoir conscience que ses faits et gestes sont épiés. Et ses attitudes en disent souvent plus long que ses paroles !

 

Traite-t-il son entourage avec condescendance ? Occupe-t-il toute la place à table ? Oublie-t-il systématiquement d’éteindre la lumière ?


Tous ces petits gestes sont révélateurs d’une disposition d’esprit. Etes-vous un chef babouin qui se sert lui-même, ou un vrai leader, au service du groupe ?


Il appartient à chacun de se surveiller lorsqu’il reçoit la moindre trace de pouvoir. Et inversement, il appartient à chacun de surveiller ses réactions lorsqu’il n’a pas le pouvoir.


Faites-vous preuve d’assertivité vis-à-vis de vos supérieurs ? Etes-vous capables de leur faire un feedback respectueux, mais constructif et honnête ?


Evidemment, ce n’est pas facile… n’est-ce pas pour cela que les journaux le font pour nous ?

 

 

 

 

 

"Et c’est depuis lors qu’ils sont civilisés, les singes… de mon quartier !"

(Jacques Brel).

 

 

 

Publié dans Management

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