Quand le gourou se goure…

Publié le par Isabelle Rey-Millet

Puisque la mode est lancée, allons-y : haro sur le baudet ! Nous aussi, payons-nous un coach ! Nos amis de la presse (sportive pour l’instant !) se font l’écho de certaines jalousies, concernant les (excellentsJ) conseils dont bénéficie le Président de la FFF.
Alors, puisque le coaching est décidément d’actualité, revenons sur un récent article du JDD paru le 10 octobre dernier, sous le titre "Domenech - Doly, révélations sur un couple infernal".
Aux connaisseurs et amateurs de football le nom de Jean-Pierre Doly n’est pas inconnu. Pour ceux qui ne l’auraient pas identifié : Il s’agit d'un coach travaillant aupres de Raymond Domenech.
Nous ne connaissons pas personnellement Jean-Pierre Doly, mais l’article du JDD nous a particulièrement interpellés, même si nous sommes conscients de certains « raccourcis » dont sont friands nos amis chroniqueurs.
Du coup, il nous a semblé intéressant de livrer trois éléments complémentaires à la sagacité de nos (toujours plus nombreux) lecteurs du Blog Club Ethik.
Combien ça vaut un coach ?

En fait, ca dépend du client qui achète les prestations du dit coach !
L’article ne manque pas de souligner les honoraires de Monsieur Doly. (Les sous, toujours les sous !) Bien que les termes exacts du contrat ne soient pas connus, il y est fait référence à un prix d’intervention de 1600 euros par jour.
En vrai : rien d’extraordinaire à ça !
Rappelons que l’élasticité du prix par rapport à la demande, pour une prestation de coaching, varie de 1 à 10, c'est-à-dire de 700 à 7000 euro Hors Taxe par jour.
Et oui, tout existe !
Le talent et le travail se paient. Une journée de prestation d’un coach a nécessité des années de travail et de formation et des jours de préparation. Mais la valeur d’un coach passe aussi par le prix que le client est prêt à payer pour sa prestation. C’est comme ça ! Malheureusement et heureusement. Quand on n’est pas connu, c’est plus dur d’imposer un prix que lorsqu’on est connu !!
Bref, si les clients sont contents de leur coach, si celui-ci les fait progresser, s’ils estiment que la prestation vaut l’investissement demandé … alors le prix est adapté à la demande.
Quant à la réelle efficacité de l’investissement…. c’est une autre histoire !!
Le gourou de l’équipe de France ou le gourou du sélectionneur ?

Voila une question importante. Qui était coaché ? Raymond Domenech ou l’équipe de France ?
Parce que là, on touche un point important du coaching d’équipe : le coach ne peut pas être le coach de l’équipe et le coach du chef ! Sinon, on va droit dans le mur, direct, et sans passer par la case coup franc.
Une équipe est une entité :
  • Soit le sélectionneur en fait partie, il est un des maillons de la chaine, il participe à une réussite collective.
  • Soit il n’en fait pas partie, auquel cas il ne s’immisce pas dans les modes de fonctionnement de l’équipe, ne la manipule pas, et surtout ne la juge pas !!
Le coach a un devoir de réserve, il est soumis à une éthique qui ne lui permet pas de traiter une équipe d’un coté et son patron de l’autre. Pour obtenir la confiance de l’équipe, il doit être neutre de toutes opinions, ne pas révéler des informations confidentielles qui lui auraient été révélées par des membres de l’équipe, travailler les objectifs, mais aussi débriefer, avec l’ensemble de l’équipe etc…
Donc, si comme il est relaté dans cet article, le coach était un copain de leur sélectionneur, comment les joueurs de l’équipe de France pouvaient-ils lui faire confiance ? Surtout quand on sait que le dit sélectionneur n’a pas hésité à dire dans la presse qu’il manipulait ses joueurs !!!
Et on le sait maintenant : ce climat de méfiance instaurée par une situation bancale est un des facteurs de la dérive des événements du Mondial 2010.
Il faut donc 2 coachs différents : un pour le patron et un pour l’équipe.
Tout coach ayant conscience et éthique professionnelle se doit de faire un choix entre le chef ou l’équipe.
Sinon il s’agit bien d’une faute professionnelle.
Un bon coach est un coach qui sait partir, se faire virer ou …démissionner

Si la relation de confiance est la base d’une relation réussie entre le coach et son client, elle peut aussi devenir contre-productive. En effet, cette relation de confiance peut déboucher sur de l’amitié, voire de l’empathie, entrainant ainsi le manque de recul et d’esprit critique.
Messieurs Doly et Domenech se sont rencontrés en 1994. Ils travaillent ensemble depuis 2004. Or, une relation continue de plus de 2 ans entre un coach et son client met en danger la qualité de la relation et des conseils que prodigue le coach.
Le train-train s’installe et la neutralité et l’objectivité du coach s’émousse. Dans ce cas, seul un superviseur, c'est-à-dire le coach du coach, permet au coach de rester performant vis-à-vis de son client.
Le coach est en position basse vis-à-vis de son client. Cette posture d’humilité est essentielle à la bonne pratique de son art. Quand il sent qu’il n’est plus efficace dans l’aide qu’il apporte à son client, il s’efface !
Bonne fin de semaine à tous.

Publié dans Coaching

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